URBEX ET IMAGES : Conseils

Malgré mes avertissements tu veux toi aussi te lancer ? OK, mais avant toute chose, je me permets de donner des conseils, avis d’une experte depuis dix ans. J’écris cet article car je remarque beaucoup de contenus sur les réseaux sociaux, du bon comme du mauvais, et le mauvais commence à m’exaspérer. Si ça n’en tenait qu’à moi, j’accuserais le coup, mais en fait les mauvaises pratiques nuisent juste à une discipline toute entière …

Déjà, il faut savoir qu’il n’est pas nécessaire de prendre des photos ou d’enregistrer des vidéos pour faire de l’urbex. Bon nombre de gens aiment encore y aller avec le nécessaire, juste pour se laisser porter et s’imprégner de l’ambiance d’un lieu. A cela il est vrai qu’on vit différemment une expérience juste avec ses yeux. L’urbex est une expérience très personnelle, de mon côté j’aime la photographie depuis mon plus jeune âge, et j’adore capturer des instants. Ma copine elle, prend des notes. A chacun sa vision !

La publication

Tu proposes donc du contenu au grand public, soit. Mais avant de lire mes conseils sur la photo et la vidéo, réfléchis à ce que tu veux publier.

Le nom du lieu

Bien sûr, il est formellement défendu de donner le vrai nom du lieu, donc il va falloir avoir un peu d’imagination. Certains récupèrent le « nom officiel » qu’ont donné bon nombre d’explorateurs, mais pas tous les lieux sont connus. N’oublie pas qu’un propriétaire peut faire des recherches avec ce nom, et ainsi griller les explorateurs qui l’ont visité et publié. Fais preuve de créativité, oublie « la clinique abandonnée », « le sanatorium perdu », « l’église déchue » et j’en passe … trop bateau, en urbex tout est abandonné, perdu ou déchu. Base-toi sur une anecdote, un détail qui t’aura marqué.

Ce qu’il ne faut pas faire …

Le contenu textuel

Oublie le sensationnel … ici il est question d’urbex. Si tu veux donner des frissons, oublie le paranormal, on visite des lieux, on ne chasse pas les fantômes. Si toutefois tu veux te consacrer aux esprits, OK pour toi, mais ne mentionne pas « urbex » … les disciplines n’ont rien à voir !

N’invente pas de crimes, rites sataniques, occupation éventuelle par les nazis … reste objectif sur le passé du lieu.

 

 

Incitation à pouces, likes, commentaires, whatever

Si tu es en mal de reconnaissance, va consulter un coach de vie, mais ici on est là pour du partage d’expérience,, du ressenti émotionnel. J’insiste sur ce fait : beaucoup veulent faire des spots de fou, quitte à franchir les limites. NON ! Pense au préjudice que tu fais à la discipline, et aux explorateurs respectueux. Entre dans les trous, les portes ou les fenêtres ouvertes, mais JAMAIS JAMAIS ne casse un cadenas, JAMAIS ne casse une vitre, JAMAIS ne découpe un grillage !!! Et ne fais pas la/le kéké sur tes photos ou vidéos et sautant partout …

Pour terminer ce paragraphe, inutile de publier mille fois le même contenu sur une page dédiée … et d’une ça s’appelle du SPAM, et de deux, si ton partage n’a pas eu de like ni de commentaire, c’est triste à dire, mais c’est juste que les gens n’ont pas de raison de le faire … une bonne raison de remettre en question ton travail et progresser.

Propriété privée et violation de domicile

Si tu as des doutes sur l’abandon du lieu que tu veux publier, renseigne-toi. Ne publie pas un lieu qui vient d’être racheté, ou en travaux, en réhabilitation. Ne publie pas la maison de vacances de Mr Durand. Une maison abandonnée est un nid de poussière, il y a des carreaux cassés, des traces qui montrent que le lieu n’est plus occupé … s’il y a du courant, des appareils fonctionnent, qu’il y a des croquettes dans la gamelle du chien, et que les meubles brillent, même ne shoote rien, repars illico d’où tu viens, car c’est purement et simplement une violation de domicile ! Or du fais de l’urbex, pas un cambriolage !

N’oublie JAMAIS que publier les photos d’un bien immobilier qui ne t’appartient pas peut te soumettre à des poursuites judiciaires si le propriétaire tombe sur tes images. Si ça arrive, sache raison garder, dans le meilleur des cas il peut demander la suppression de ton post … fais profil bas et obtempère, car tu n’as pas gain de cause.

La photo

Appareils, trépied et temps de pose

Laisse-tomber ton smartphone. Tu veux faire de la photographie, fais de la photographie, pas de l’image (faire de l’image est trop facile, faire de la photo implique un vrai travail). Selon ton niveau, prends un appareil qui te conviendra, dont tu connais le fonctionnement, donc inutile d’investir dans un reflex si tu ne maitrises pas la logique « ouverture du diaphragme, temps de pose, ISO ». Ça viendra plus tard …

En urbex, il te faudra faire des prises de vues de bâtiments en extérieur, et de pièces dans leur intégralité. Range donc ton 200-400mm dans ton tiroir, réserve-le pour shooter les oiseaux dans la forêt, et prends dans ton sac ton grand-angle, ainsi qu’un objectif de focale moyenne (50mm par exemple) pour prendre des détails qui t’auront marqué. Avec ton appareil photo, emporte l’outil indispensable : le trépied. Il n’y a pas de flash qui tienne, à moins que tu ne sois dans le noir complet, la luminosité du flash dénature les couleurs, il te faudra alors opter pour des poses longues, parfois qui durent quelques bonnes secondes. Voici un petit tutoriel qui te permettra de comprendre ce qu’est le temps de pose en photo : https://www.missnumerique.com/blog/les-bases-de-la-photo-le-temps-de-pose/

En ce qui concerne l’ouverture du diaphragme, je conseille de fermer au maximum pour les plans d’ensemble, et d’ouvrir pour les photos de détails pour donner une profondeur de champ.

Post-traitement et mon avis sur le HDR

Alors je vois déjà certains photographes qui crient, parce que j’aborde un mot presque grossier : la photo High Dynamic Range. En gros, c’est un process qui permet de collecter le plus possible d’informations sur ton image. Personnellement, je suis parfois adepte de cette pratique, car je peux me trouver gênée par des sous-expositions / sur-expositions peu esthétiques. Et c’est l’école de photo que j’ai faite il y a quelques années qui me l’a conseillée.

Il n’est pas question ici d’avoir des couleurs super-saturées, avec des effets qui font mal aux yeux. Je parle de VRAI HDR, qui consiste à prendre plusieurs clichés, au moins 3 : un sous-exposé, un correctement exposé, et un sur-exposé. Il est indispensable pour cela que les 3 photos doivent être cadrées de façon identique, donc il faut le trépied. Les logiciels de post-traitement permettent ainsi de pouvoir fusionner les images, et de pouvoir recalibrer automatiquement les zones trop sombres ou trop claires.

Attention à ton post-traitement si tu en fais, ne pousse pas les curseurs à fond, le post-traitement sert à recalibrer certaines données, et à donner ta « patte » à ton image (exemple de « patte » : Guillaume de Bararuines aime bien diminuer les hautes lumières de ses clichés) : la personne qui regarde tes photos doit se replonger dans les lieux, pas attraper une conjonctivite.

Le filigrane

Le filigrane ne sert qu’à une chose : éviter de se faire voler les photos. C’est facile d’enregistrer une photo pour la republier et se la réapproprier. A cela, il doit être discret : il ne faut pas perturber la lecture du cliché, sinon on ne voit que ça. Donc pas de filigrane qui fait plus du sixième de l’image, et diminue l’opacité afin de le rendre visible, mais un minimum.

Pour finir : le tri !

TRIE TES PHOTOS, si tu souhaites les publier. Ne fais pas de pléthore ! JAMAIS ! La personne qui voit ton reportage doit s’imprégner du lieu, pas se dépatouiller avec 200 photos, il n’y a rien de pire. Ton reportage photo doit compter une bonne trentaine de photos maxi, suivant la grandeur du lieu. Sélectionne celles qui te semblent les plus réussies, du point de vue technique, dans un premier temps. Rejette les photos :
– floues (parce qu’il n’y a rien à voir, et ne me parle pas de paranormal, si ta photo est floue, c’est parce que tu as bougé ton appareil pendant le déclenchement, ou mal réglé la mise au point, pas parce qu’un fantôme est passé par là !!!)
– sous ou sur-exposées
– avec des aberrations lumineuses (reflets, ta fumée de vapoteuse, buée etc … là encore, ne balance pas l’argument du paranormal)
– où on voit ton ombre ou celle d’un autre
– les selfies (c’est le lieu qu’on veut voir, pas ta tête ni ton crew. Si tu es en mal de reconnaissance, va voir un coach de vie)
– où on voit des détails qui peuvent trahir l’emplacement du lieu, où il y a des noms, ou des plaques d’immatriculation (ou retouche-les pour masquer ces détails, si tu t’y connais un peu)

Ensuite, ne publie jamais de photo où on voit des noms de famille, des lieux, ou même des photos qui se trouvent sur les lieux. Je pense à cette vidéo de Mamytwink où le gars balance des noms de gens qui auraient peut-être été collabos … mais JAMAIS de la VIE !!! N’oublie jamais que ces lieux ont eu un passé, des gens qui l’ont occupé, préserve la vie privée de leur famille !!!

La vidéo

Aïe. On aborde la partie où je ne mettrai pas de gants. La vidéo, techniquement, permet de mettre en forme du contenu de manière dynamique, avec du son et de l’image. De nos jours, on arrive facilement à en faire, avec juste un smartphone et un logiciel de montage video. Je serai plus brève sur cette partie, car je n’ai fait que très peu de vidéo en urbex, de qualité médiocre, je reconnais. Je donnerai mon avis en tant que consommatrice de ce genre de contenu.

Pourquoi tu filmes ?

A moins que tu n’aies fait d’études en audiovisuel, oublie la recherche du succès sur Youtube, la concurrence devient rude, et encore une fois, il ne s’agit pas de courses au like, mais de partager ton émotion quand tu as visité un lieu.

Cadavres, meurtres, chasse au fantômes, Scooby-doo et compagnie …

Personnellement, je ne clique jamais sur une vidéo qui comporte ces mots, et pour rester polie, la profusion de ces thématiques me lasse puissance 10 … ce matin encore je tombais sur ça :

Donc, pour faire bref : NE TE PRENDS PAS POUR PIERRE BELLEMARE. Explore le lieu, filme les murs, les objets, retrace en quelques mots l’histoire sans griller le lieu, et partage ton ressenti, encore une fois, nous sommes en EX-PLO-RA-TION UR-BAINE. Si vraiment des faits sordides ont eu lieu, parles-en mais n’en rajoute pas dans le sensationnel, par respect pour les victimes et leur famille.

Deuxièmement, n’invoque pas du sang, ou un quelconque cadavre fictif. Parce que ça ne sert à rien à part faire du « putaclic« .

Troisièmement, si vraiment tu trouves un cadavre en explo (ça peut un jour arriver, hélas) : déjà COUPE TOUT. Arrête de filmer car c’est vraiment grave ce qu’il t’arrive. Appelle la police (oui, tu fais une activité illégale, mais on s’en moque car ce qui arrive est GRAVE et on ne t’en tiendra pas rigueur), et si tu es toujours en possession de la vidéo à ton retour, ne la publie pas. Encore une fois, par respect pour la victime, et ensuite pour éviter d’autres soucis si on est dans le cadre d’un meurtre. Si tu as toutefois besoin de communiquer sur ton désarroi, fais une vidéo de chez toi où tu relates ce que tu as vécu, ton ressenti.

Oublie le paranormal, comme je n’ai déjà dit. Si tu veux faire de la chasse au fantôme, c’est okay, mais utilise juste le mot « paranormal », n’y colle pas « urbex », les deux disciplines sont bien distinctes. Des Youtubeurs comme Loner le font très bien.

Je fais le kéké, trolol

J’ai particulièrement envie de coller des baffes à ces Youtubeurs qui font de l’explo à la oneagain, c’est à dire qu’ils y font n’importe quoi. Je n’ai pas envie de donner des idées, tout ce qui est exploit sportifs, exploration en mobylette, allumage de feu etc etc …

Oops, je me suis fait attraper …

Oui et ça arrive, pas la peine de montrer le moment où tu te retrouves face à la sécurité, à part si tu es en pays étranger et que tu veux montrer que dans ce pays, les conséquences peuvent être lourdes : menottes, arrestation musclée, passage en GAV, etc … ça arrive à tous les urbexeurs de se faire prendre un jour où l’autre à vrai dire. Si c’est le propriétaire qui t’attrape, ne publie pas la vidéo. S’il tombe dessus, ça pourrait mal se passer.